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Des champignons en veux-tu en voilà!

28 août 2017

Un nouveau projet de recherche de Biopterre initie des propriétaires à la culture de champignons en milieu forestier

« C’est fou comme ça pousse ! » Ce matin, Mireille s’émerveille devant son parterre de strophaires rouge vin. À peine dix la veille, et le lendemain, hop ! Des centaines sont sortis ! Pousser comme un champignon… Depuis qu’elle en expérimente la culture sur son lopin de terre à L’Islet-sur-Mer, Mireille constate jour après jour la justesse fongique de cette expression !

Mireille Gaudreau fait partie d’un réseau de 22 propriétaires du Kamouraska et de secteurs limitrophes comme L’Islet, Rivière-du-Loup et le Témiscouata, qui ont répondu à l’appel du centre collégial de transfert de technologie Biopterre il y a plus d’un an pour expérimenter la culture de champignons en couvert forestier. Des amoureux de champignons sauvages qui veulent se lancer dans l’exploitation, des retraités qui ont des lots de bois et se cherchent une activité, des passionnés d’horticulture comme Mireille, qui s’occupe des relations médias pour un établissement de santé, etc. Tous des mordus. Tous débutants dans la culture du champignon.

Pleurotes en forme d’huître, shiitakés et strophaires rouge vin sont les trois saprophytes, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent de la décomposition du bois, testés cette première année. On connaît le champignon de culture en milieu fermé, comme le champignon de couche. On connaît beaucoup moins celui en milieu ouvert contrôlé, en contexte naturel, par exemple sur des litières de copeaux de bois ou des billots. Là où cultive Mireille, notre apprentie, est un ancien verger ayant appartenu à son grand-père. Ses champignons décomposeurs se trouvent donc à portée de main. Pour d’autres participants, la mise en culture des parcelles d’étude s’est faite plus loin de leur résidence, en forêt.

S’organiser

Devant l’engouement pour le champignon forestier, des projets de culture voient le jour. Car l’offre actuelle ne permet pas de couvrir la demande, qui ne fait que croître. Le champignon est une ressource vivante, tributaire de la météo et de divers facteurs environnementaux. Et même si les réseaux de cueilleurs se sont déployés à travers la province, le marché manque de champignons. C’est là que des centres de recherche appliquée comme Biopterre entrent en scène. Le projet de l’OBNL s’appelle Optimisation et développement de procédés de cultures extérieures de champignons saprophytes à travers un réseau de producteurs régionaux. Son financement est bouclé pour les trois prochaines années (environ 450 000 $). Ses objectifs peuvent se scinder en deux grandes phases : la première s’intéresse aux champignons communément cultivés au Québec (pleurotes, shiitakés, strophaires), en optimisant les façons de faire ; la deuxième, à la culture de champignons peu ou pas du tout produits au Québec. Il s’agit de développer des marchés qui ne sont pas dans le comestible, comme le secteur pharmaceutique ou la coloration du bois.

« On ne remplace pas le sauvage par la culture », précise toutefois Pascale G. Malenfant, professionnelle de recherche et chargée de projet au sein de l’équipe de mycotechnologies, produits forestiers non ligneux et cultures innovantes chez Biopterre.

Les champignons sauvages tant prisés en gastronomie ne sont pas les mêmes que ceux qui sont cultivés. « On vise à apporter un approvisionnement plus constant, plus indépendant des conditions météo, et à créer du volume », explique la chercheuse. C’est aussi choisir et optimiser les façons de faire pour mieux produire. Comme cette souche fongique qui sera plus performante. Depuis une petite dizaine d’années, la filière des champignons forestiers émerge par le truchement de différentes entreprises, des écoles de formation. Mais comme le précise Pascale en entrevue, le développement reste artisanal, avec des moyens peu standardisés, peu d’optimisation des procédés. « On veut vitaliser nos milieux naturels, insuffler de l’activité économique dans une industrie [des produits forestiers] en difficulté. Cela se fait déjà beaucoup en Chine ou en Espagne. L’exploitation de champignons est un vrai moteur d’économie régionale. »

Conditions de culture

Chaque semaine, Mireille reçoit la visite de Marie-Claude, ou d’un autre membre de l’équipe. La technicienne en agroenvironnement relève diverses données dans les platebandes de culture numérotées. Sol, air, humidité, ombrage (le couvert forestier et l’accès à l’eau étant des prérequis importants pour pouvoir participer au projet)… Tout y passe. Sans oublier les bons conseils prodigués pour suivre la croissance de ces « bébés » pleurotes qui percent sur les billots. Car les tests se font sur des platebandes, mais également sur des bûches de bois préalablement inoculées de mycélium de champignon, voire dans des sacs de jute. On teste plein de choses, on observe, on apprend. « Les experts de Biopterre nous transmettent leur savoir. C’est génial ! » confie Mireille. Pour elle comme pour les 21 autres producteurs débutants, cette année en est une d’appropriation. Avec de belles surprises, comme ces pics de production qui font pousser des cris d’exaltation, mais aussi des défis à relever, comme ces limaces voraces, ou la nécessité d’ajuster sa production pour avoir des champignons en continu. « Outre la recherche, le projet nous permet d’outiller les producteurs tout au long du projet. Ils se rencontrent, ils suivent des formations. Cela permet de voir où nous en sommes du côté des résultats. Une chimie opère au sein des membres du réseau. C’est vraiment intéressant », observe Pascale. Certains producteurs réfléchissent à leur mise en marché — Mireille en vend déjà à des restaurateurs de son coin —, tandis que d’autres se bricolent des machines pour améliorer des procédés de culture !

« Nous sommes en bonne voie de devenir la région productrice de champignons au Québec. Sans oublier les régions de la Mauricie et du Lac-Saint-Jean, où la filière champignon se développe également très bien, différemment, selon les possibilités de chacun », se réjouit Pascale. En effet, la région du Kamouraska, qui investit depuis au moins sept ans en recherche et en mycotourisme pour l’exploitation des champignons forestiers, jouit d’un bel environnement de connaissances, d’expertises et d’innovations avec la présence de l’Institut de technologie agroalimentaire ou d’un centre comme Biopterre.

« Nous avons cette “twist” particulière. Mais ce qui nous aide énormément est le fait que les différents acteurs se donnent un objectif commun », précise la spécialiste. « Si nous développons un vrai réseau de producteurs de champignons, j’en serai heureuse. Mais pour le moment, cela reste un passe-temps qui me demande peu. Il faut juste une vigie lorsqu’on entre dans un pic de production. À ce moment-là, il faut cueillir tous les jours. Car quand ça pousse, ça pousse ! » jubile Mireille.

Source : Le Devoir

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